Palimpseste, n. m.

Du grec palímpsêstos, « gratté de nouveau » : un parchemin dont on a effacé le texte pour en écrire un autre — et sous lequel l'écriture ancienne reste lisible.

Avant le papier, écrire coûtait une peau de bête. Quand le parchemin manquait, les copistes prenaient un manuscrit jugé sans valeur, grattaient l'encre à la pierre ponce, et réécrivaient par-dessus. Mais l'encre mordait profond : sous le texte neuf, l'ancien survivait — pâli, renversé parfois, jamais tout à fait effacé. C'est cette survivance qui fait la fortune du mot.

ICe que les palimpsestes ont sauvé

Le plus célèbre d'entre eux est le palimpseste d'Archimède. Au Xe siècle, un copiste de Constantinople transcrit plusieurs traités d'Archimède. Au XIIIe, un moine gratte ces pages, les plie en deux, et y recopie un livre de prières. Pendant sept siècles, l'euchologe circule, prié, annoté — personne ne sait qu'il porte, couché sous les lignes, le seul témoin de La Méthode et du Stomachion, deux textes d'Archimède perdus partout ailleurs.

Page du palimpseste d'Archimède : le texte de prières du XIIIe siècle, à l'encre sombre, recouvre les lignes pâles du traité d'Archimède, tournées à angle droit.
Une page du palimpseste d'Archimède (Des corps flottants) : les prières du XIIIe siècle recouvrent le traité du Xe, tourné d'un quart. Image en domaine public, via Wikimedia Commons.

Autre exemple, conservé à la Bibliothèque nationale de France : le Codex Ephraemi rescriptus, une bible grecque du Ve siècle grattée au XIIe pour recevoir les sermons d'Éphrem le Syrien. Son nom dit tout — rescriptus, « réécrit ».

Feuillet du Codex Ephraemi rescriptus : deux couches d'écriture grecque superposées, l'une sombre, l'autre pâle en dessous.
Codex Ephraemi rescriptus (BnF, Grec 9) : sous les sermons, l'Évangile. Reproduction en domaine public, via Wikimedia Commons.

IILa révélation moderne

Longtemps, on a lu les palimpsestes à l'œil nu, ou en ravivant l'encre à l'acide — au prix de pages ruinées. Aujourd'hui, l'imagerie multispectrale fait ce que l'œil ne peut pas : photographier la même page sous des dizaines de longueurs d'onde, de l'ultraviolet à l'infrarouge, puis combiner les clichés jusqu'à faire remonter la couche effacée. C'est ainsi que le palimpseste d'Archimède a été relu, mot à mot, entre 1999 et 2008 — y compris sous les enluminures ajoutées par un faussaire du XXe siècle.

Rien de ce qui compte n'est jamais perdu. Il faut seulement un instrument qui sache le relire.

IIIPourquoi nos applications portent ce nom

Un palimpseste, c'est un document qui garde ses couches. C'est exactement la matière de nos trois instruments :

Une marque, une idée : ce que vous confiez à nos instruments reste lisible, restituable, à vous.